Culture et traditions de Bilbao,
une langue à soi pour vivre
Il y a des cultures que l'on visite et d'autres que l'on écoute. La culture basque fait partie de ces dernières : elle s'exprime dans une langue qui ne ressemble à aucune autre, elle se chante en vers improvisés et célèbre ses fêtes en brûlant son propre symbole sous les applaudissements. Quiconque arrive à Bilbao pour la première fois se rend vite compte qu’il n’a pas changé de ville : il a changé de code.
Ce guide est notre façon de partager ce code. Non pas pour tout expliquer, ce qui serait impossible, mais pour que le voyageur arrive muni des clés qui lui permettront d'ouvrir les portes.
L'euskera : la langue qui n'a pas de parent
Tout commence par la langue. L'euskera est la plus ancienne langue vivante d'Europe et une énigme pour la linguistique : elle ne présente aucun lien connu avec aucune autre langue du monde. Elle était déjà présente ici avant le latin, et elle y est toujours.
À Bilbao, il cohabite sans heurts avec l'espagnol : sur les enseignes, dans les noms de quartiers, dans les conversations qui passent d'une langue à l'autre au milieu d'une phrase. Et il y a un geste que les habitants de Bilbao apprécient plus que n'importe quel pourboire : faire l'effort d'essayer. Trois mots suffisent pour commencer : kaixo (bonjour), eskerrik asko (merci) et agur (au revoir).
Aste Nagusia : neuf jours les bras levés
Chaque année au mois d’août, pendant neuf jours, Bilbao célèbre sa « Semana Grande », l’Aste Nagusia. Tout commence par le « txupinazo », cette fusée lancée depuis le balcon du théâtre Arriaga devant une place bondée, et dès cet instant, toute la ville change de rythme. Les rues s’animent au rythme des danses traditionnelles basques et des herri kirolak, ces sports ruraux issus du travail des champs et de la mer. La ria accueille des régates de traineras, ces bateaux à rames héritiers des anciennes barques de pêche. Sur les scènes se produisent les bertsolaris, ces poètes qui improvisent et chantent des vers en basque devant le public. Et tout au long du site festif s’élèvent les « txosnas », ces stands montés par les « comparsas », les groupes organisateurs de la fête, où l’on mange, boit et danse jusqu’à l’aube. Chaque soir, un feu d’artifice au-dessus de l’eau clôt la journée.
Marijaia, une figure aux bras toujours levés qui incarne la joie à l'état pur, trône au-dessus de tout. Sa fin résume mieux que n'importe quelle explication l'esprit de la fête : la dernière nuit, Marijaia est brûlée sur un bûcher devant des milliers de personnes qui lui font leurs adieux en chantant, sachant qu'elle reviendra l'année suivante. Peu de villes brûlent leur symbole avec autant d’affection.
Le pintxo et le txakoli : la liturgie du comptoir
Si l'Aste Nagusia est l'exception festive, le pintxo est le rituel quotidien. Dans le Casco Viejo, aller manger des pintxos, ce n’est pas simplement dîner debout : c’est une façon de discuter. Chaque bar propose ses miniatures culinaires, chaque groupe de copains suit son parcours, et tout repose sur l’équilibre entre ce que l’on mange, ce que l’on boit et ce dont on parle. Le compagnon naturel du pintxo est le txakoli, ce vin blanc jeune et légèrement pétillant de la région, versé d’en haut pour le faire s’épanouir. La Plaza Nueva et les rues Ledesma et García de Salazar concentrent les meilleurs bars à pintxos. Et un code local à respecter : on commande son pintxo en regardant, on le déguste sans se presser et on laisse la place au client suivant au comptoir.
Sports traditionnels, danses et bertsolaris : une culture qui rivalise et chante
Les « herri kirolak », les sports ruraux basques, sont nés du travail. L’aizkolari fend des troncs à la hache, comme on le faisait autrefois dans la forêt ; le harrijasotzaile soulève des pierres de plus de 200 kilos, comme on le faisait autrefois dans la carrière ; et les traineras qui concourent aujourd’hui dans la ria ramaient autrefois vers les bancs de pêche. Dans ces disciplines, l’effort qui, pendant des siècles, a fait vivre un peuple est devenu une véritable célébration.
La danse et la musique revêtent la même solennité. L’aurresku est la danse d’honneur par laquelle on accueille et on honore ceux qui le méritent, un geste de respect qui ouvre encore aujourd’hui les cérémonies officielles et les fêtes de famille. Elle est accompagnée par les sons du txistu, cette flûte jouée par un seul musicien qui marque le rythme avec le tambourin, la trikitixa, l’accordéon diatonique des pèlerinages, et de la txalaparta, un instrument composé de planches de bois frappées dont l’origine se perd dans la nuit des temps et dont le son conserve encore aujourd’hui la mémoire des hameaux.
Et parmi toutes les traditions vivantes du Pays basque, aucune n’est aussi singulière que le bertsolarisme : l’art d’improviser et de chanter des vers en basque, avec une métrique et une rime précises, sur le thème proposé sur le moment. C’est de la littérature orale à l’état pur, transmise de génération en génération, qui jouit d’une vitalité extraordinaire : la finale du championnat national de bertsolaris rassemble plus de dix mille personnes en silence, à l’écoute d’une poésie qui naît et disparaît en un instant.
Tradition et avant-garde : l'équilibre de Bilbao
Tout ce patrimoine cohabite avec une ville qui s'est réinventée. Dans les Zazpi Kaleak, les Sept Rues de la Vieille Ville, battent au rythme de la vie les bars centenaires, le marché de la Ribera et la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle ; à vingt minutes à pied, le musée Guggenheim continue de générer cet “ effet Bilbao ” qui fait l’objet d’études dans les universités du monde entier. Ce ne sont pas deux villes : c’est la même, qui a su changer sans cesser d’être elle-même.
Le découvrir de l'intérieur : la rue Ribera
Pour comprendre une culture, il ne suffit pas de la visiter : il faut s’y plonger. Tayko Bilbao se trouve au cœur du Casco Viejo, face à la ria, à deux pas du marché, avec les bars à pintxos juste à côté et la ria en toile de fond. Pendant l'Aste Nagusia, les dantzaris et les feux de joie défilent à quelques mètres du porche ; le reste de l'année, le privilège est plus discret : le plus ancien quartier de Bilbao s'offre à vous chaque matin.
C'est de l'intérieur qu'on comprend le mieux Bilbao. Nous, on ne fait que vous ouvrir la porte.
Tayko Bilbao. Le début de ton histoire dans la ville.